Odyssée | expositions

L’exposition des diplômés de la Villa Arson constitue chaque année un rendez-vous qui invite le public à explorer les univers, recherches et travaux d’une vingtaine d’artistes à l’issue de leur cursus.

Cette manifestation prend la forme d’un dispositif en deux volets simultanés et conçus comme complémentaires. L’exposition d’envergure à la Villa Arson, se déployant dans les espaces et ateliers mêmes de l’école d’art tel un leporello, trouve un contrepoint à la Galerie de la Marine sous la forme d’un accrochage collectif, à la manière d’un cabinet.
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Je suis le surnombre
Je suis les milliards
Je suis le spectacle dans la forêt.
Fitzcarraldo – Werner Herzog

L’impression qui domine à la rencontre de la promotion 2015 de la Villa Arson, c’est la forte valeur collective qui l’anime. Impression surprenante au demeurant tant on sait que l’individualisme a de beaux jours devant lui et que l’art contemporain n’en est pas exempt. Cette impression pourrait se diluer une fois passé le moment du diplôme, elle pourrait aussi persister. En 1986 à la Villa Arson, trois étudiants se présentaient face au jury en tant que collectif d’artistes, BP, c’était une première en France. Si en 2015 chacun se présente en son nom, il y a eu des expériences collectives peut-être tout aussi fortes. En 2014, au travers d’un jeu de rôle grandeur nature, réinterprétant des épisodes de L’Iliade et de L’Odyssée… disons à leur manière. Plus tard, dans le cadre d’un road trip à Bardenas Reales, désert d’Espagne connu pour ses fortes similitudes avec les arides paysages de l’Ouest américain. De ces deux expériences sont issus le titre et le visuel de cette exposition.

Afin de prolonger cet esprit collectif, j’ai souhaité prendre place à leur côté et endosser le rôle d’un compagnon de voyage. Un «   curateur flâneur   » tel que Federico Ferrari le décrit dans Complice dell’artista. Un flâneur baudelairien qui «   élit domicile dans le nombre   » sans tout à fait lui appartenir, qui écoute et observe, au gré des rencontres des artistes dont les démarches sont singulières et qui partage ses découvertes.

Le volet de l’exposition à la Villa Arson se déploie à la manière d’un leporello, dans le dédale des ateliers et présente les récents travaux de ces jeunes artistes. Les yeux lavés de toute illusion, ils sont nombreux à évoquer le voyage en toile de fond de leurs pratiques. De l’errance à l’expédition, depuis le hublot d’un «   eldorado banal   » jusqu’aux fictives explorations d’un certain Ernest Coussin, l’ailleurs, proche ou lointain, constitue la trame de l’accrochage. Parmi d’autres, les paysages fantasmés de Maxime Duveau dialoguent avec les sculptures fantomatiques de Néphéli Barbas tandis que les photographies de Lola Taillefer et Marie Ouazzani proposent un regard à la fois sensible et critique sur l’exotisme. Les objets et les interventions physiques orchestrés par Florence Lattraye relèvent quant à eux du voyage mental dans lequel elle plonge potentiellement le spectateur à tout instant. Échos au onzième chant de l’Odyssée, Magali Halter invite à une descente aux enfers dans lequel règne King Baxter, son alter ego. Évocations de la trace et de l’empreinte, l’accrochage de Iommy Sanchez, Aude Van Wyller et Solène Doually se joue du regard et suggère plusieurs points d’observation dans l’espace d’exposition. Pour finir, l’exposition qui se tient dans l’atelier du Patio est issue d’une autre expérience collective. Après un premier galop d’essai lors d’un accrochage de groupe, ce projet rassemble les peintures de Baptiste Carluy, les sculptures syncrétiques de Raphael Schwarz et Omar Rodriguez au côté, entre autres, d’une installation de Julie Buffard et Iommy Sanchez. Le Syndrome Ernest Coussin est une narration conçue autour d’un personnage fictionnel librement inspiré de Francesco de Orellana à qui l’on doit le nom du fleuve Amazone et la légende de l’Eldorado.

L’exposition à la Villa Arson s’ouvre avec les performances de Junkai Chen, Jeanne Berbinau Aubry, Magali Halter, Helena Gouveia Monteiro et Juliette Liautaud et sera ponctuée des multiples interventions de Florence Lattraye. Aude Van Wyller quant à elle, sera à la conclusion le 20 septembre. Aussi, la multitude des pratiques audiovisuelles et éditoriales de cette promotion sera présentée dans deux espaces dédiés. Six vitrines présentent les éditions de plusieurs d’entre eux tandis qu’un dispositif de consultation interactif offre la possibilité de mieux découvrir les œuvres de six autres artistes dans galerie provisoire. Deux projections spéciales auront également lieu à l’ouverture et à la clôture de l’exposition.

À la Galerie de la Marine, une polyphonie se joue au travers d’un dispositif central qui, à la manière d’un cabinet, concentre les travaux de tous les étudiants. Ces œuvres relèvent du cœur de leurs pratiques et pourraient pour autant en constituer la marge. Ainsi du marouflage d’un garçon-image de Jérémy Piette à la sulfureuse batterie de Magali Halter, il est ici question de la quintessence de la démarche de chacun. Aussi Jeanne Berbinau Aubry y offre-t-elle à humer ses macérations de plantes de la Villa Arson, ou comment condenser tout un espace dans un flacon de cristal. Juliette Liautaud, quant à elle, propose une immersion noisy dans ses conversations téléphoniques avec ruth weiss tandis que la vidéo d’Helena Gouveia Monteiro associe archives de son enfance à des extraits de La vie est un songe. Au travers d’une autre pratique de l’autoportrait, Brice Courtès colle chaque soir sa paire de lentille jetable sur un miroir et constitue une archive inframince de ses quinze derniers jours. Dans un registre plus cosmique, la fantaisiste collection d’extraits de roches extraterrestres de Gillian Brett constitue un joyeux ensemble dans lequel seraient réunies les planètes d’un système solaire encore inconnu. Non loin de là, la mère de David Perreard incarne une internaute qui administre une chaîne Youtube. Dans la vidéo qu’elle adresse à ses followers, un tour de magie se joue l’air de rien. A priori imperceptible elle aussi, l’intervention de Rémi Amiot sur la tranche d’un rouleau de papier à dessin jouxte le tentacule de Benoît Barbagli, prothèse en latex composée de 128 aimants servant hypothétiquement à gravir la sculpture de Bernar Venet, installée dans le jardin Albert Ier à Nice. Autres prothèses issues de performances, les Apocoloquintoses de Lucie Henault sont des bonnets de bain rehaussés de cucurbitacées méconnues. Enfin, Poliphile de Mathieu Alary semble, pour sa part, extrait des ruines d’un musée archéologique.

Objets de leurs recherches raffinées, résultats de leurs expériences distillées, c’est à la fois un extrait et une synthèse de la démarche de chacun qui sont réunis sur la cimaise. Cette dernière forme une ondulation dans l’espace de la galerie, comme le marcheur marque le sillon du chemin et invite ceux qui lui emboiteront le pas à découvrir de nouveaux espaces. Ce dispositif prend par ailleurs sa source dans une histoire récente de l’exposition dans laquelle la scénographie joue un rôle de plus en plus important et dont curateurs et artistes se sont largement emparés. La récente exposition de John Armleder au Palais de Tokyo, le stand de la Fiac 2013 par Julien Tibéri et Aurélien Mole pour la galerie Sémiose, ou encore les accrochages quasi saturés et rigoureusement alignés à 155 cm du sol de Christian Bernard constituent des références indéniables dans la construction de cette exposition.

Enfin, si la dimension collective de cette promotion 2015 devait irrémédiablement s’estomper au profit de toutes ces singularités, cette exposition serait l’Odyssée d’un groupe de voyageurs solitaires.

Benjamin Laugier

Atelier de Sculpture – haut et bas – Villa Arson

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Atelier du patio – Villa Arson

<em>Odyssée</em> | J. Buffard-Moret, I. Sanchez <em>Odyssée</em> | J. Buffard-Moret, I. Sanchez <em>Odyssée</em> | R. Schwarz <em>Odyssée</em> | J. Buffard-Moret <em>Odyssée</em> | R. Schwarz, B. Carluy <em>Odyssée</em> | R. Schwarz <em>Odyssée</em> | J. Buffard-Moret, B. Carluy <em>Odyssée</em> | J. Buffard-Moret, B. Carluy <em>Odyssée</em> | J. Buffard-Moret, B. Carluy <em>Odyssée</em> | R. Schwarz <em>Odyssée</em> | J. Buffard-Moret, B. Carluy <em>Odyssée</em> | R. Schwarz <em>Odyssée</em> | R. Schwarz <em>Odyssée</em> | R. Schwarz, B. Carluy <em>Odyssée</em> | R. Schwarz, B. Carluy <em>Odyssée</em> | M. Alary <em>Odyssée</em> | M. Alary <em>Odyssée</em> | M. Alary <em>Odyssée</em> | M. Alary

Atelier Scénographie – haut et bas – Villa Arson

<em>Odyssée</em> | G. Brett, R. Amiot <em>Odyssée</em> | G. Brett, R. Amiot <em>Odyssée</em> | B. Barbagli <em>Odyssée</em> | G. Brett, R. Amiot <em>Odyssée</em> | J. Berbinau Aubry <em>Odyssée</em> | J. Berbinau Aubry <em>Odyssée</em> | J. Berbinau Aubry <em>Odyssée</em> | J. Berbinau Aubry <em>Odyssée</em> | J. Berbinau Aubry, G. Brett <em>Odyssée</em> | J. Berbinau Aubry, G. Brett <em>Odyssée</em> | J. Berbinau Aubry

Atelier Dessin – Villa Arson

<em>Odyssée</em> | Magali Halter <em>Odyssée</em> | Magali Halter <em>Odyssée</em> | Magali Halter <em>Odyssée</em> | Magali Halter

Atelier Peinture – Villa Arson

<em>Odyssée</em> | Jérémy Piette <em>Odyssée</em> | Jérémy Piette <em>Odyssée</em> | Jérémy Piette <em>Odyssée</em> | Jérémy Piette <em>Odyssée</em> | Jérémy Piette <em>Odyssée</em> | Jérémy Piette <em>Odyssée</em> | Jérémy Piette

Galerie d’essais – Villa Arson

<em>Odyssée</em> | B. Barbagli  <em>Odyssée</em> | B. Barbagli<em>Odyssée</em> | F. Lattraye <em>Odyssée</em> | D. Perreard <em>Odyssée</em> | D. Perreard <em>Odyssée</em> | D. Perreard <em>Odyssée</em> | D. Perreard <em>Odyssée</em> | N. Barbas, M. Duveau <em>Odyssée</em> | N. Barbas, M. Duveau <em>Odyssée</em> | N. Barbas, M. Duveau <em>Odyssée</em> | M. Duveau, N. Barbas <em>Odyssée</em> | M. Duveau, N. Barbas <em>Odyssée</em> | N. Barbas <em>Odyssée</em> | N. Barbas, M. Duveau, <em>Odyssée</em> | M. Ouazzani <em>Odyssée</em> | M. Ouazzani, L. Taillefer <em>Odyssée</em> | L. Taillefer, F. Lattraye <em>Odyssée</em> | F. Lattraye <em>Odyssée</em> | F. Lattraye, L. Taillefer <em>Odyssée</em> | F. Lattraye <em>Odyssée</em> | B. Courtès<em>Odyssée</em> | F. Lattraye

Galerie de la Marine

Odyssée | J. Piette, J. Berbinau Aubry et Néphéli Barbas<em>Odyssée</em> | J. Berbinau Aubry, N. Barbas, G. Brett, A. Van Wyller<em>Odyssée</em> |N. Barbas, G. Brett<em>Odyssée</em> |A. Van Wyller, L. Taillefer, F. Lattraye, O. Rodriguez, R. Schwarz, J. Buffard-Moret, R. Amiot, S. Doually<em>Odyssée</em> |A. Van Wyller, L. Taillefer<em>Odyssée</em> |F. Lattraye, O. Rodriguez, R. Schwarz, J. Buffard-Moret<em>Odyssée</em> |R. Schwarz, J. Buffard-Moret, R. Amiot, S. Doually<em>Odyssée</em> | vue d'ensemble<em>Odyssée</em> | R. Schwarz, J. Buffard-Moret, R. Amiot, S. Doually<em>Odyssée</em> | R. Amiot, S. Doually<em>Odyssée</em> | S. Doually, M. Halter<em>Odyssée</em> | S. Doually, M. Halter, B. Barbagli Odyssée | J. Buffard-Moret<em>Odyssée</em> |L. Henault, M. Ouazzani<em>Odyssée</em> |M. Duveau, G. Brett<em>Odyssée</em> | M. Duveau, G. Brett, B. Carluy<em>Odyssée</em> | G. Brett, B. Carluy<em>Odyssée</em> | G. Brett, B. Carluy, M. Alary<em>Odyssée</em> | vue d'ensemble

Contacts

Odyssée | Galerie de la Marine
59, quai des Etats-Unis – Nice

exposition du 27 juin au 4 octobre 2015
ouverte tous les jours de 10h à 18h, sauf le lundi
entrée libre

Odyssée | Villa Arson
20, avenue Stephen Liégeard – Nice

exposition du 28 juin au 21 septembre 2015
ouverte tous les jours, sauf le mardi, de 14h à 19h (14h à 18h en septembre)
parcours accompagnés toutes les 30 minutes à partir de 14h30
entrée libre